Quels espaces ? Serge ?

Voici des textes proposés par des participants en lien avec les réflexions développées durant le dialogue structuré ERASMUS+ : Travail, Amis, Party !, en l’occurrence sur les endroits où nous vivons.

Réflexion autour des jeunesses d’aujourd’hui
Serge est un Licorne rose.
Animal issu des légendes et en même temps peluche bien concrète, il est un symbole d’une virilité phallique tout autant que l’incarnation de la pureté et de l’innocence virginale. Yin-Yang.
Par sa simple existence, Serge nous invite donc à amener l’imagination dans nos réalités, et à questionner nos conditionnements.
Grâce à lui, nous pouvons travailler concrètement sur nos modes de vie ; sans toutefois se laisser berner par nos préjugés qui verrouillent mentalement nos sociétés.
Merci Serge.

Les jeunesses actuelles et celles à venir doivent s’autodéterminer, sans quoi l’inertie des politiques publiques les condamnent à n’avoir jamais de prise sur leur existence dans un monde organisé par et pour les non-jeunes.
En effet, l’on pourrait croire que ce sont ceux qui ont « terminé » d’être jeunes qui ont le recul nécessaire pour décider, à la place des jeunes, de leur modus vivendi. Hé non ! Les jeunesses sont si diverses et changent dans leur besoins encore plus vite que la société qu’elles régénèrent.
Poussé par cette nécessité d’indépendance, les jeunesses doivent prendre des espaces et des temps, ainsi que les ressources nécessaires à ce travail. De ces 3 éléments (espaces/temps/ressources), les lieux de concertations et d’expérimentations sont par nature les plus lourds à mettre en place et à pérenniser.
On entre là dans le vif du sujet. Occuper un local un après-midi, de transformer durablement un hangar en atelier ou de deviser sur la place publique telle une agora : les solutions sont nombreuses, et pourtant ne sont pas souvent utilisées. Pourquoi ?
Chaque mètre carré est possédé par quelqu’un, même les lieux dits publics sont dédiés à une fonction précise, soumis à l’autorité publique, géré d’en haut. Pas géré par la jeunesse elle-même en tout cas.
Les solutions clandestines ou illégales sont possibles et fonctionnent. Mais n’est-ce pas dommage d’en arriver là ?
Ce fort contrôle de l’espace de réunion et d’expérimentation cadre également nos actions, les limitant et les rendant précaires. Dommage, non ?
Bref merci Serge. 

*****

À qui lira, je propose de vous raconter ma vie présente, qui me permet de comprendre les nécessités d’un lieu pour vivre, participer à, et s’engager dans la société. 

home sweet home

Je ré-expérimente la vie d’un sans-lieu, en vivant cet hiver en pleine forêt dans un petit camion, à 4 km du bourg le plus proche. Sans voiture, ni électricité/réseau/chauffage/toilettes/douches… Mais avec une rivière [vraiment] juste à côté. Into the wild. C’est génial, en novembre on tutoie déjà les températures négatives à l’intérieur même de cet habitat ! Des nuits de folie je vous jure. C’est un habitat partagé entre des artistes tisseuses de toiles, des peintres pointillistes façon moisissures et de jeunes poètes qui se laissent porter par leurs petites ailes. Ici, la nature est omniprésente. Le morceau de Metallica qui me sert de réveil provoque un sursaut dans la clairière face à moi. Une biche et ses deux faons finissent leur broutée et s’enfuient tel un courant d’air. Deux écureuils prennent l’ascenseur dans le châtaignier qui leur sert pareillement de supérette et de HLM. 

Le soleil pointe son nez, et la rosée sur la clairière s’envole. Les premiers rayons qui traversent cette brume donnent l’impression d’être devant un concert au ralenti. Hélas, le jour est court et les nuages prélèvent leur part de lumière comme la Sacem saigne un artiste débutant. Piégé entre pluie et confinement, la lecture donne la liberté. L’isolation du « bâtiment » est en bonne partie faite de livres, l’ennui est donc encore loin. Entre deux nuages, un pèlerinage presque druidique autorise une bonne récolte de châtaignes et de bolets. Les chasseurs sont le seul problème. 

Tous les quelques jours, une bonne demie-journée s’impose pour aller à pied au bourg, et chopper du réseau pour répondre aux mails/SMS, boire le café chez un ami et télécharger des podcasts radio. Je visite souvent ma famille toute proche, pour recharger mes batteries de portable et de relation humaine.La toilette vespérale expédiée, place à la cuisine en musique ! L’humidité n’est pas propice à la conservation des denrées fraiches, aussi la ration est dopée aux conserves, on est donc loin du zéro déchet.

Invariablement, mes yeux se ferment sur un bouquin. Cependant mes oreilles restent ouvertes. Sangliers fouisseurs, blaireaux, rongeurs et hiboux se réveillent. La pluie battante, une branche qui tombe sur le toit, le froid, ou encore un bruit que mon cerveau ne reconnait pas : tout me réveille. Mon sommeil haché menu trouble la frontière entre rêve et réalité. Le sevrage est total. Bruit, sexe, alcool, viande, infos et consommation sont réduits au minimum voire à zéro. Cette vie est dangereuse, mais je la conseille à chacun, une fois dans sa vie. Je ne vais pas prétendre que j’ai eu des épiphanies, mais ça repose vraiment. 

Je goûte à la vie de clochard paumé au RSA, mais franchement je ne me sens pas pauvre !
Veuillez Mesdames, Messieurs, et Serge, recevoir mes salutations rigolotes.

B.